Le Démantèlement et sa cause: critique du discours de Baptiste Detombe

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Résumé

L'essai de Baptiste Detombe, L'Homme démantelé (Artège, 2025), préfacé par Rémi Brague, offre une description saisissante des effets du numérique sur les âges de la vie, l'attention et la culture. Cet article en reconnaît la force descriptive et en conteste l'architecture causale. En imputant le démantèlement de l'homme au dispositif technique lui-même, fût-ce en nommant l'économie de l'attention, cette critique s'arrête au seuil des rapports de production et convertit une inégalité sociale en crise ontologique. Nous opposons à cette lecture une analyse dialectique qui fait droit à la sociologie de l'éducation, en montrant que ce qui est décrit comme pauvreté culturelle relève d'abord d'une distribution inégale du capital culturel. La critique procède de trois sources : la philosophie du droit de Hegel, où la société civile produit nécessairement sa propre plèbe ; l'occasionalisme de Malebranche, qui interdit de prendre une cause occasionnelle pour une cause efficace ; la méthode d'immanence de Blondel, qui interdit à la norme de demeurer extrinsèque à l'action. Elle s'inscrit enfin dans la tradition de la gauche catholique, d'Ozanam à l'Action catholique ouvrière, de Simone Weil à Dorothy Day, tradition dont Laudato si a récemment rappelé qu'elle refuse de séparer la critique du paradigme technocratique de celle du système économique qui le porte.

Mots-clés : philosophie de la technique ; capital culturel ; Hegel ; Blondel ; Malebranche ; Simone Weil ; doctrine sociale de l'Église ; numérique ; sociologie de l'éducation.

Abstract

Baptiste Detombe's essay L'Homme démantelé (Artège, 2025), prefaced by Rémi Brague, offers a striking account of the effects of digital technology on the ages of life, on attention and on culture. This article acknowledges its descriptive power while contesting its causal architecture. By ascribing the dismantling of the human being to the technical apparatus itself, even while naming the attention economy, this critique stops short of the relations of production and converts a social inequality into an ontological crisis. Against such a reading we set a dialectical analysis that takes the sociology of education seriously, showing that what is described as cultural poverty is first of all an unequal distribution of cultural capital. The critique draws on three sources: Hegel's philosophy of right, in which civil society necessarily produces its own rabble; Malebranche's occasionalism, which forbids mistaking an occasional cause for an efficient one; and Blondel's method of immanence, which forbids the norm to remain extrinsic to action. It finally situates itself within the tradition of the Catholic left, from Ozanam to the Action catholique ouvrière, from Simone Weil to Dorothy Day, a tradition whose refusal to separate the critique of the technocratic paradigm from the critique of the economic system sustaining it was recently restated by Laudato si'.

Keywords: philosophy of technology; cultural capital; Hegel; Blondel; Malebranche; Simone Weil; Catholic social teaching; digital media; sociology of education.

François-Yassine Mansour

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