Ma réponse à la question obsessive des Français nationalistes
Migration, exil et souveraineté
Je suis souvent interrogé sur les causes historiques de ma migration du Maroc vers la France. Les questions, venant le plus souvent de personnes très nationalistes (désireuses de capter la gloire du souverain pour elles-mêmes, par pur narcissisme), portent aussi sur ma gratitude envers la France qui m'a accordé l'asile et la protection sociale. Je réponds que ma gratitude est réelle et immense, mais que son objet absolu n'est pas la France. Ce que je veux dire, c'est que la cause première de l'intelligence et de la prospérité, c'est l'Absolu en soi. Le philosophe Nicolas Malebranche permet de démontrer que la France est seulement la cause occasionnelle ou la médiation temporelle et historique; et que la cause première et efficace est l'Absolu. Pourquoi l'Absolu a été rejeté au Maroc qui lui a opposé ses erreurs et ses illusions pendant de nombreux siècles dans la misère et le malheur indescriptibles, et pourquoi l'Absolu s'est révélé et s'est rendu effectif en France qui l'a accepté et accueilli, cela demeure pour les philosophes un mystère. Autrement dit, la relation négative du Maroc avec l'Absolu est l'explication de son sous-développement, de son immoralité, de sa corruption massive et de son incapacité à garantir la dignité humaine et la justice par ses institutions. Les Etats qui ont consenti à servir de médiations à l'Absolu pour sauvegarder la dignité humaine sur leur territoire et garantir l'exercice des droits et libertés sont les Etats qui affichent aujourd'hui un indice très élevé de développement humain (ajusté aux inégalités sociales) et excellent dans la protection des exilés, des réfugiés et de toutes les personnes vulnérables ou persécutées. La France est de leur nombre. Ainsi, pour répondre le plus clairement aux questions qui me sont posées, je suis reconnaissant à la France comme objet relatif de reconnaissance et de gratitude pour la sauvegarde de ma dignité humaine, et reconnaissant à l'Absolu concret et effectif du christianisme comme objet absolu de reconnaissance et de gratitude pour la sauvegarde de ma dignité humaine. Sans la volonté du souverain absolu et spirituel (l'Esprit), il n'y aurait ni Convention de Genève de 1951, ni Office français de protection des réfugiés et des apatrides, ni statut de réfugié, ni égalité de protection sociale avec les nationaux, ni sécurité sociale, ni minimas sociaux (onzième alinéa du préambule de la Constitution de 1946), ni protection sociale des vulnérabilités et des infirmités.
François-Yassine Mansour
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