L'amitié, relation phallique et dialectique

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Résumé

Cet article soutient que l’amitié n’est pas une forme atténuée de l’amour mais une relation d’une structure propre, et que cette structure se laisse décrire dans deux langues distinctes qui aboutissent au même résultat. La première partie, psychanalytique, part du constat que la psychanalyse a peu parlé de l’amitié et explique cette réticence par la tendance freudienne à la traiter comme une libido inhibée quant au but. Elle établit ensuite, à partir du séminaire sur l’éthique, que la Chose désigne le noyau de jouissance perdue vers lequel tend le fantasme de fusion, et que la fonction phallique est l’opérateur qui en barre l’accès en instaurant l’intervalle. L’amitié apparaît alors comme la relation qui consent expressément à cet intervalle : elle renonce à faire de l’autre le support d’une jouissance spéculaire, elle inscrit le lien dans le symbolique, et elle traite le vide central non comme un manque à combler mais comme le lieu même de la rencontre. La seconde partie, philosophique, montre que cette structure était déjà pensée par Aristote sous le nom d’autre soi-même, qu’elle rencontre chez Montaigne une objection fusionnelle qu’il faut examiner, qu’elle reçoit chez Hegel sa formulation dialectique avec la reconnaissance réciproque, et qu’elle culmine chez Simone Weil, pour qui deux amis acceptent pleinement d’être deux et non pas un. L’article conclut sur un critère de discernement et sur les limites de la catégorie de phallique.

Mots-clés : amitié ; das Ding ; fonction phallique ; castration symbolique ; sublimation ; reconnaissance ; dialectique ; Aristote ; Montaigne ; Hegel ; Simone Weil ; Lacan ; distance ; harmonie des contraires.

Abstract

This article argues that friendship is not an attenuated form of love but a relation with a structure of its own, and that this structure can be described in two distinct languages which reach the same result. The first part, psychoanalytic, begins from the observation that psychoanalysis has said little about friendship, and explains this reticence by the Freudian tendency to treat it as libido inhibited in its aim. It then establishes, from the seminar on ethics, that the Thing designates the core of lost jouissance towards which the fantasy of fusion tends, and that the phallic function is the operator which bars access to it by instituting the interval. Friendship then appears as the relation that expressly consents to this interval: it renounces making the other the support of a specular jouissance, it inscribes the bond in the symbolic, and it treats the central void not as a lack to be filled but as the very place of encounter. The second part, philosophical, shows that this structure was already thought by Aristotle under the name of another self, that it meets in Montaigne a fusional objection which must be examined, that it receives in Hegel its dialectical formulation through reciprocal recognition, and that it culminates in Simone Weil, for whom two friends fully accept being two and not one. The article concludes with a criterion of discernment and with the limits of the category of the phallic.

Keywords: friendship; das Ding; phallic function; symbolic castration; sublimation; recognition; dialectic; Aristotle; Montaigne; Hegel; Simone Weil; Lacan; distance; harmony of opposites.

François-Yassine Mansour

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