Hegel et Blondel: une Passerelle Remarquable

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Résumé

Cet article propose une lecture comparatiste de la philosophie de la religion de Hegel et de celle de Maurice Blondel. Contre l’habitude qui oppose l’idéalisme absolu et la philosophie de l’Action comme le rationalisme et le sens du mystère, il montre que les deux entreprises partagent une même récusation de l’extrinsécisme, un même refus de la théologie naturelle de l’entendement, une même conviction que le contenu positif de la religion révélée est le lieu où la pensée se pense elle-même. Le vieil hégélianisme, tradition spéculative qui va de Gabler, Göschel, Rosenkranz et Marheineke jusqu’à Vera, Labarrière, Bruaire et Vieillard-Baron, lutte depuis deux siècles sur deux fronts : contre la réduction matérialiste et athée de Hegel, de Feuerbach à Kojève, et contre la démythologisation protestante libérale, de Strauss à Bultmann. Nous soutenons que Blondel vient en soutien à ce combat. Sa méthode d’immanence n’est pas un immanentisme, sa doctrine du surnaturel indispensable et inaccessible confirme la relève hégélienne de la représentation, son panchristisme donne à l’universel concret un visage, et son réalisme eucharistique répond à ce que la lecture spéculative de la Cène chez le jeune Hegel avait entrevu. La conclusion en est que le vieil hégélianisme possède, grâce à Blondel, une pleine légitimité catholique. 

Mots-clés : Hegel ; Blondel ; vieil hégélianisme ; philosophie de la religion ; méthode d’immanence ; surnaturel ; représentation ; démythologisation ; universel concret ; eucharistie ; Trinité ; Malebranche.

 Abstract 

This article offers a comparative reading of Hegel’s and Maurice Blondel’s philosophies of religion. Against the habit of opposing absolute idealism and the philosophy of Action as rationalism against the sense of mystery, it shows that both enterprises share the same rejection of extrinsicism, the same refusal of the natural theology of the understanding, and the same conviction that the positive content of revealed religion is the very place where thought thinks itself. Old Hegelianism, the speculative tradition running from Gabler, Goeschel, Rosenkranz and Marheineke to Vera, Labarriere, Bruaire and Vieillard-Baron, has been fighting on two fronts for two centuries: against the materialist and atheistic reduction of Hegel, from Feuerbach to Kojeve, and against liberal Protestant demythologisation, from Strauss to Bultmann. We argue that Blondel comes to the support of that fight. His method of immanence is not immanentism; his doctrine of the supernatural as both indispensable and inaccessible confirms the Hegelian sublation of representation; his panchristism gives a face to the concrete universal; and his eucharistic realism answers what the young Hegel’s speculative reading of the Last Supper had glimpsed. The conclusion is that old Hegelianism possesses, thanks to Blondel, a full Catholic legitimacy. 

Keywords: Hegel; Blondel; old Hegelianism; philosophy of religion; method of immanence; supernatural; representation; demythologisation; concrete universal; eucharist; Trinity; Malebranche.

François-Yassine Mansour

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