La Gaieté de Rachel Rajalu contre la passion : critique d'une philosophie de la Belle Âme
À propos de : Rachel Rajalu, La Gaieté, Presses universitaires de Rennes, coll. « Épures », 2026, 128 p.
Il y a des livres
qui séduisent précisément là où il faudrait résister. "La Gaieté" de Rachel
Rajalu est de ceux-là. Court, bien écrit, ancré dans une érudition théâtrale
réelle, il propose de réhabiliter la gaieté comme "attitude existentielle" capable de transformer notre rapport au monde, à l'autre, à la mort elle-même.
Marie-Jeanne Coutagne en a proposé une recension bienveillante dans la revue Études (n° 4338, juin 2026), et cette bienveillance était méritée dans les
limites que le genre impose. Mais une recension, comme Coutagne elle-même l'a
noté avec une franchise que j'apprécie, ne permet pas d'aller au fond des
choses. C'est ce que cet article voudrait faire.
Ma thèse est simple : la philosophie de la gaieté telle que Rajalu la construit
est une philosophie de la Belle Âme au sens hégélien du terme, c'est-à-dire une
philosophie qui évite le travail du négatif en lui substituant une posture
affective. En cela, elle relève de ce que Luther nommait la theologia
gloriae, et son défaut n'est pas d'ordre esthétique mais d'ordre ontologique :
elle dit quelque chose de faux sur ce qu'est l'existence.
I. Ce que le livre dit, et ce qu'il dit bien
Soyons justes d'abord. Rajalu est philosophe et théoricienne de l'art à l'École
supérieure TALM ; elle enseigne l'esthétique et les études théâtrales, et son
livre porte la marque d'une pensée rigoureuse dans son domaine propre. Elle
refuse de définir la gaieté par son essence, arguant qu'elle « n'a d'existence
que vécue, empirique, en prise avec des environnements tangibles, spécifiques
et changeants, solidaires d'une vie affective complexe et définitivement impure
». C'est une position épistémologique défendable, et elle la tient : elle ne
produit pas de définition, elle traque des manifestations, des tonalités, des
formes d'existence gaies dans le théâtre de Marivaux, de Beaumarchais, et dans
des auteurs contemporains moins connus.
La méthode est phénoménologique plutôt que doctrinale, et c'est à son honneur.
La référence implicite au Gai Savoir de Nietzsche, posée dès l'introduction,
indique que la gaieté n'est pas ici un état d'âme bourgeois mais quelque chose
de plus exigeant : une disposition du sujet connaissant qui accepte de porter
son savoir avec légèreté, sans l'alourdir du ressentiment de celui qui sait
trop et souffre de savoir. Le mouvement du livre va de l'amitié à l'amour, du
politique à la nature, de la vieillesse à la mort, pour culminer dans un « art
de vivre ». C'est un beau programme.
Et pourtant.
II. La gaieté comme évitement du négatif
La thèse centrale de Rajalu tient en une formule qu'elle répète sous
différentes formes tout au long du livre : la gaieté est une « force de vie »
qui « dispose à vivre avec légèreté, dans un sentiment de confiance face aux
épreuves » et qui a « le pouvoir de transformer l'expérience du monde ». Elle «
active et réactive le désir d'être et le plaisir d'exister, plus encore
peut-être dans l'adversité et face à la mort ».
Lisons attentivement. La gaieté est une "attitude" (le mot revient comme un
leitmotiv) que le sujet "cultive", qu'il "dispose" en lui, qui lui permet de "traverser" les épreuves sans en être fondamentalement défait. C'est une
posture préalable à l'épreuve, ou du moins une ressource mobilisable face à
elle. Le sujet de la gaieté est un sujet qui "teinte positivement" ses
croyances et ses pratiques. Il maintient en lui quelque chose que le réel ne
doit pas atteindre jusqu'au fond.
C'est précisément ici que la résistance philosophique s'impose. Car cette
structure n'est pas celle de la pensée vraie : c'est celle de l'édification.
Dans la Préface de la Phénoménologie de l'Esprit, Hegel distingue sans
ambiguïté deux manières de tenir le négatif. La première est celle du « beau
sentiment » ou de l'édification : elle reconnaît le négatif, mais le surmonte
par une posture affective, elle cherche une issue latérale qui le rende
supportable sans le traverser. La seconde, celle de la pensée sérieuse, «
demeure près du négatif » et le supporte dans toute sa rigueur. Hegel écrit : «
La mort, si nous voulons ainsi nommer cette irréalité, est ce qu'il y a de plus
terrible, et tenir le mort est ce qui exige la plus grande force. » La beauté
dépourvue de force fuit le négatif. La pensée vraie lui tient tête.
Or la gaieté de Rajalu est, dans cette distinction, du côté de la beauté sans
force. Elle ne tient pas le mort, elle le surmonte par une disposition
affective. Elle ne traverse pas le négatif, elle s'y installe avec légèreté.
C'est une philosophie qui cherche l'existence là où elle brille, non là où elle
se cache dans la souffrance, dans le manque, dans la vulnérabilité irréductible
de toute créature.
III. La Belle Âme : le diagnostic hégélien
Le concept hégélien adéquat pour nommer ce défaut n'est pas simplement celui
d'édification. Il est plus précis, et plus sévère : le sujet de la gaieté tel
que Rajalu le construit est une Belle Âme (schöne Seele), au sens exact que
Hegel donne à cette figure dans la Phénoménologie de l'Esprit, section VI, «
L'Esprit », chapitre C.
Rappelons la description. La Belle Âme est ce sujet qui préserve la pureté de
sa vie intérieure en refusant de s'exposer au choc de la réalité effective.
Elle cultive une disposition harmonieuse à l'égard du monde, une légèreté dans
le rapport à soi et aux autres, une sérénité éthique et esthétique qui lui
permet de traverser les épreuves sans en être fondamentalement atteinte. Elle
est belle précisément parce qu'elle n'a pas risqué sa beauté dans le conflit
avec le réel. Hegel diagnostique cette figure comme un esprit qui se refuse à
l'action effective par crainte de se souiller au contact du monde, qui
maintient son intégrité intérieure au prix d'un retrait, et qui finit par se
consumer dans sa propre pureté faute d'avoir accepté d'être traversée par la
contradiction.
La Belle Âme n'est pas hypocrite au sens ordinaire : elle n'est pas cynique,
elle ne ment pas délibérément. Elle est sincèrement convaincue de la valeur de
sa disposition intérieure, et cette conviction même est sa limite. Car elle
confond la pureté de la posture avec la vérité de la pensée. Elle croit que
tenir le monde à bonne distance, depuis une position de légèreté cultivée, est
une forme de sagesse. Hegel montre que c'est une forme de défaite : l'Esprit
qui ne s'expose pas au réel ne se réalise pas ; il reste beau, mais il reste
vide.
Rajalu ne parle pas de la Belle Âme, et elle ne se reconnaîtrait probablement
pas dans cette description. Mais la structure est là. Le sujet de la gaieté est
un sujet qui cultive une disposition, qui active un désir, qui transforme son expérience depuis une posture intérieure préservée. Il est beau, il est
léger, il est confiant face aux épreuves. Mais il n'a pas traversé les épreuves
: il les a surmontées par le haut, par la grâce de sa propre légèreté. C'est exactement
ce que Hegel nomme la Belle Âme : la beauté qui fuit le travail du négatif.
IV. La theologia gloriae ou la philosophie qui cherche Dieu là où il
brille
Luther, dans la "Disputatio Heidelbergae habita" de 1518, oppose le theologus
crucis au theologus gloriae en une formule lapidaire : « Le théologien de la
croix dit ce qui est. » Le théologien de la gloire, lui, dit le mal bon et le
bien mauvais : il cherche Dieu là où il brille, dans la majesté et la
puissance, non là où il se cache, dans la faiblesse et la souffrance.
Transposée dans le registre de la philosophie de l'existence, cette opposition
est rigoureusement applicable à Rajalu. La philosophie de la gaieté est une theologia gloriae existentielle : elle cherche la vérité de l'existence là où
elle est lumineuse, expansive, confiante. Elle traite la souffrance, le
malheur, la passion de l'être comme des épreuves à traverser avec légèreté,
c'est-à-dire comme des moments négatifs seconds par rapport à une plénitude qui
reste la norme. Le sujet de la gaieté est un sujet qui part de la plénitude et
revient à elle après l'épreuve, enrichi d'une légèreté acquise.
Mais si l'existence n'est pas d'abord une plénitude ? Si la condition du sujet
fini dans un monde dont la substance est le néant est d'abord une passion, une
traversée, un être-crucifié par sa propre finitude ? Dans ce cas, la gaieté
comme posture est non seulement insuffisante : elle est un mensonge sur la
condition humaine, un mensonge séduisant et bien intentionné, mais un mensonge.
C'est la thèse que j'ai développée dans "Christianisme et Maladie: Essai sur la passion de l'être et la faiblesse de la vérité" (KDP Amazon, 2026: https://www.amazon.fr/dp/B0GZYZYW91 ).
L'existence n'est pas d'abord un plaisir : elle est une passion, au double sens
du terme, ce que l'on subit et ce pour quoi l'on est passionné. Et cette
passion n'est pas un accident de l'existence, une épreuve extérieure qu'une
bonne disposition affective permettrait de surmonter. Elle est inscrite dans la
structure de l'être fini lui-même, dans ce que Malebranche nommait la
dépendance ontologique radicale de la créature à l'égard de ce qui la soutient,
et que Simone Weil a radicalité comme "décréation" : le consentement de la
créature à n'être rien pour que Dieu soit tout, non par résignation mais par
amour d'un bien qui la dépasse infiniment.
V. L'objection lacanienne : le sujet de la gaieté est imaginaire
La psychanalyse lacanienne apporte à cette critique hégélienne une précision
clinique irremplaçable. Dans les "Écrits" (1966), Lacan distingue les trois
registres du Réel, du Symbolique et de l'Imaginaire. L'Imaginaire est le
registre de la complétude apparente, du moi se reconnaissant dans le miroir, de
l'image pleine d'elle-même. Le Symbolique est le registre de la castration, du
manque introduit par le signifiant, de la division constitutive du sujet barré
(*$*). Et le Réel est ce qui résiste à toute symbolisation, ce qui revient
toujours à la même place, ce que le sujet rencontre comme l'impossible de sa
condition.
La gaieté telle que Rajalu la conçoit est une catégorie fondamentalement imaginaire. Elle suppose un sujet capable de se disposer positivement à
l'égard de son existence, d'activer son désir d'être, de teinter
positivement ses croyances. Mais ce sujet est un sujet avant la Spaltung,
avant la division constitutive qu'introduit l'entrée dans le langage. Il est le
sujet du stade du miroir, le sujet qui se croit complet dans son image, non le
sujet de la psychanalyse, qui est un sujet barré, traversé par un manque que
nulle posture affective ne peut colmater.
Lacan est explicite dans le Séminaire XI : le désir ne se choisit pas, parce
que le désir est désir de l'Autre, et que l'Autre est lui-même barré,
incomplet, incapable de répondre à la demande absolue qui lui est adressée. Ce
que Rajalu appelle "activer notre désir d'être et notre plaisir d'exister" suppose précisément ce que la structure du sujet interdit : que le désir soit
disponible à la volonté, que l'être soit un bien dont la jouissance est
accessible moyennant la bonne disposition affective. Mais le sujet barré n'a
pas de "plaisir d'exister" disponible à la mobilisation : il a un désir qui le
traverse et l'excède, qui est la marque de son manque constitutif, non de sa
plénitude.
Il y a plus. Le sujet de la gaieté, tel que le construit Rajalu, est un sujet
dont le rapport à l'objet a lacanien reste pré-analytique. L'objet a est
l'objet cause du désir, l'objet perdu par structure, dont la perte est la
condition même du désir, non son résultat contingent. Il n'y a pas de sujet
plein avant la perte : la division est originaire, et aucune gaieté cultivée,
aucun art de vivre, aucune légèreté existentielle ne peut la combler. La Belle
Âme est précisément le sujet qui croit que son rapport à cet objet perdu peut
être médiatisé par une posture affective, par une légèreté qui maintient à distance
le réel du manque. La psychanalyse montre que cette médiation est illusoire :
le réel revient toujours, et il revient précisément là où la Belle Âme avait
cru l'éviter.
VI. Blondel contre Rajalu : la souffrance philosophique de l'action
Maurice Blondel, dans "L'Action" (1893), a donné à cette critique une
formulation philosophique d'une précision que ni Hegel ni Lacan ne permettent
seuls d'atteindre. La méthode d'immanence de Blondel consiste à partir de
l'expérience humaine dans sa réalité la plus concrète, l'action, sans
présupposer la vérité d'aucune révélation ni d'aucune doctrine, et à montrer
depuis ce sol que l'immanence est elle-même insuffisante à se suffire.
L'analyse de l'action révèle immédiatement une disproportion constitutive
entre le "vouloir voulant", la puissance infinie du vouloir dans son dynamisme
originel, et le "vouloir voulu", l'ensemble des fins que ce vouloir se donne
effectivement. L'homme veut toujours plus que ce qu'il réalise ; chaque
satisfaction partielle approfondit le manque au lieu de le combler. Cette
structure n'est pas un accident biographique : c'est la structure ontologique
de l'action elle-même, valable pour tout homme en tant qu'homme.
Ce que Blondel établit contre Rajalu est d'une netteté redoutable : le "plaisir
d'exister" que la gaieté prétend "activer" suppose précisément ce que l'analyse
de l'action interdit de postuler, à savoir une adéquation possible du sujet à
ses propres fins. Mais l'action est constitutivement en souffrance de ce
qu'elle vise. Ce n'est pas la gaieté qui est première dans l'existence : c'est
la disproportion, l'inadéquation, ce que l'on pourrait appeler, en termes
blondéliens, la souffrance philosophique de l'action. Et c'est depuis cette
souffrance, non depuis une légèreté préalablement cultivée, que quelque chose
comme la joie peut surgir, non pas comme posture mais comme don, non pas comme
art de vivre mais comme Aufhebung de la passion traversée.
VII. Pascal contre Rajalu : l'honnêteté du désespoir
Rajalu mentionne la mort et la vieillesse dans son avant-dernier chapitre. Mais
la gaieté face à la mort n'est pas la gaieté dans la mort. C'est encore une
posture du sujet qui regarde la mort du dehors et se dispose à l'affronter avec
sérénité. La theologia crucis hégélienne ne parle pas d'une posture devant la
mort : elle parle d'un mouvement de l'Absolu qui ne se réalise qu'en traversant
sa propre mort. Gott ist tot : Dieu est mort. Et c'est en traversant cette
mort, non en la dominant par la sérénité, que l'Esprit parvient à lui-même.
Pascal est ici le témoin décisif. Feuerbach le lisait comme l'éternel malade
produit par l'aliénation religieuse. Nietzsche y voyait la victime la plus
illustre de la corruption chrétienne. Mais ni l'un ni l'autre ne pouvaient voir
ce que Pascal représente réellement : l'homme qui a regardé en face la
disproportion constitutive de l'existence humaine et qui n'a pas voulu en
détourner les yeux. « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie » :
cette formule n'est pas le cri d'un aliéné, c'est le constat philosophique d'un
homme qui a refusé le mensonge consolateur de la légèreté. Le Deus
absconditus pascalien, Dieu caché et silencieux, est la représentation
théologique de ce que Lacan nomme le grand Autre barré : un Autre qui ne répond
pas, qui manque dans sa propre plénitude, qui est lui-même traversé par une
béance constitutive.
Le sujet de la gaieté rajaldienne ne rencontrerait pas ce Dieu caché. Il
rencontrerait une présence lumineuse compatible avec sa légèreté. Mais c'est
précisément là qu'est l'illusion : le réel n'est pas compatible avec la
légèreté. Il résiste, il revient, il écrase. Et c'est cette résistance qui est
la vérité de l'existence, non son exception.
VIII. Ce que la gaieté ne peut pas penser
Je ne dis pas que la gaieté n'existe pas, ni qu'elle n'a aucune valeur dans la
vie humaine. Je dis qu'elle ne peut pas être le fondement d'une philosophie
de l'existence sans falsifier ce qu'est l'existence. La gaieté peut surgir,
comme Simone Weil l'a découvert à Solesmes pendant la Semaine Sainte de 1938,
dans la beauté du chant grégorien coexistant avec une souffrance physique
intense. Mais cette gaieté-là n'est pas une attitude cultivée : c'est un don
reçu, une grâce surgissant dans et par la traversée de l'épreuve, non une
ressource mobilisable depuis l'extérieur d'elle. Weil distingue avec une
netteté irremplaçable entre la douleur ordinaire et le malheur : non la
simple douleur, mais l'écrasement total de la personne, la destruction du
sentiment de sa propre valeur, la réduction à l'état de chose dans un monde qui
ne reconnaît pas la dignité des corps qu'il use, l'humiliation extrême et totale. La philosophie de la gaieté ne
peut pas penser le malheur au sens weillen, parce que le malheur est
précisément ce qui détruit la disposition préalable que la gaieté suppose.
Ce que la Belle Âme ne peut pas penser, c'est la souffrance qui ne peut pas
être surmontée par le haut, la souffrance qui défait le sujet avant que
celui-ci ait pu prendre une quelconque posture à son égard. C'est la souffrance
des corps malades, des exilés, des sujets dont la division constitutive est
visible à l'oeil nu, des êtres pour lesquels aucune appartenance ne peut
colmater la béance parce que chaque appartenance est simultanément contredite
par une autre dimension de ce qu'ils sont. Pour ces sujets-là, dont la
philosophie doit d'abord répondre parce qu'ils sont ceux qui ne peuvent pas se
mentir, la gaieté comme posture est une nouvelle forme de la theologia
gloriae : séduisante, esthétiquement cohérente, et, dans sa grâce même,
fondamentalement inapte à dire ce qui est.
La vérité de l'existence n'est pas la gaieté. Elle est la passion, au double
sens du terme : ce que l'on subit et ce pour quoi l'on est passionné. Et c'est
cette passion, lorsqu'elle est traversée avec l'honnêteté intellectuelle que
Luther nommait theologia crucis, qui peut, parfois, dans certains moments que
Weil seule a su décrire avec une exactitude sans pareille, se transmuer en
joie. Non la joie malgré la souffrance, ni la gaieté face à l'épreuve, mais
la joie à travers la passion : Aufhebung (dépassement-conservation) de la négation traversée, non sa
suppression par la légèreté.
Le livre de Rachel Rajalu est un beau livre. Mais la beauté, comme Hegel nous l'a
appris, peut être la forme la plus séduisante de l'évitement.
François-Yassine Mansour
URL de mon livre "Christianisme et maladie: essai sur la passion de l'être et la faiblesse de la vérité" (KDP Amazon, 2026): https://www.amazon.fr/dp/B0GZYZYW91
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