La Culture a besoin du Revenu de Base

L’analyse des droits et libertés fondamentaux au sein des démocraties contemporaines révèle une exigence de justice que la technocratie s’obstine à réduire à des abstractions formelles. Il convient de poser en principe que ces droits ne sauraient être purement négatifs ; ils supposent, pour accéder à une effectivité réelle, une architecture de protection sociale intégrale. Le droit à l’existence constitue la pierre angulaire de l’édifice juridique et commande la garantie inconditionnelle de la sécurité matérielle. Cet impératif est d’ores et déjà consacré dans le bloc de constitutionnalité par le Préambule de 1946, lequel assigne à la Nation le devoir d’assurer à chacun des moyens convenables d’existence. Sous l’égide du principe de sauvegarde de la dignité humaine, tel que défini par le Conseil constitutionnel et la Cour de justice de l’Union européenne, le revenu de base s’établit non comme une simple option budgétaire, mais comme une nécessité logique du droit positif.

Une correction critique de la théorie de la souveraineté est nécessaire pour identifier que le souverain, en régime démocratique, est l’Esprit lui-même, dont le peuple constitue la médiation phénoménale (cf. Boris Barraud, "La souveraineté et la norme fondamentale", Annales du droit, 2019). La finalité de l'ordre politique réside dans la poursuite du bonheur, entendu comme la volonté du souverain de voir s’accomplir la liberté de l’Esprit. Or, cette volonté demeure entravée tant que le citoyen est assujetti à la seule nécessité biologique. La sécurité matérielle inconditionnelle est la condition par laquelle l'Esprit s'affranchit du besoin pour se consacrer à sa propre manifestation. En libérant l’homme de l’angoisse du lendemain et du chantage existentiel lié à l'arbitraire administratif, le revenu de base permet le passage de la survie à la vie active spirituelle, laquelle constitue la seule réalisation effective de la souveraineté.

Dans cette perspective, la culture doit être restaurée dans sa dignité métaphysique. Elle ne saurait être confondue avec le loisir adventice ou le divertissement, ces simples instruments de délassement destinés à la reproduction de la force de travail. La promotion de la culture est un objectif de valeur constitutionnelle trouvant sa justification ultime dans la finalité aristotélicienne du politique : l’eudaimonia ou épanouissement de soi. La culture est le lieu de la vita contemplativa et de l'amitié, activité noble de l'Esprit qui exige un temps libéré des impératifs de rentabilité.

Le positivisme technocratique, en méprisant les besoins sociaux au nom de la seule rentabilité marchande, s'enferme dans un réalisme de courte vue. À l'inverse, l'idéalisme dialectique démontre que la valeur absolue réside dans l'Esprit et non dans la matière. Les externalités positives d'un revenu de base, qu'il s'agisse de la préservation de la santé mentale ou de l'élévation de la motivation humaine, attestent que l'humanisme le plus pur se confond avec le réalisme le plus rigoureux. En garantissant le socle matériel de l'existence par une médiation institutionnelle, la société ne cède pas à l'utopie, mais traduit fidèlement le respect dû à la dignité humaine pour permettre l'avènement d'un régime de raison et de liberté.

En conclusion, il convient de reconnaître que l’effectivité de la politique culturelle de la Nation ne saurait dépendre de simples incitations symboliques, mais de la libération concrète du temps humain. Le ministère de la Culture, pour remplir sa mission de service public et satisfaire à l’objectif de valeur constitutionnelle qui lui est assigné, rencontre dans le revenu de base son auxiliaire indispensable. Sans la sécurité matérielle inconditionnelle fournie par cette médiation institutionnelle, la culture demeure l'apanage d'une élite ou se dégrade en un produit de consommation servile.

La Culture, entendue comme déploiement de l’Esprit dans l’art, la pensée et l’amitié, a ontologiquement besoin du revenu de base pour s’extraire de la sphère de la nécessité économique. En garantissant le droit à l’existence indépendamment de la capacité productive, le revenu de base neutralise l’angoisse de la survie et permet l’avènement d’une véritable vita contemplativa. C’est par cette garantie que la volonté du souverain, l’Esprit (un souverain absolu, cosmopolitique, universel, dialectique, concret, effectif), trouve son accomplissement, transformant la cité en un espace où le bonheur ne réside plus dans le divertissement aliénant, mais dans l’épanouissement de la Raison et de la liberté. Le revenu de base n'est donc pas une simple mesure de redistribution, mais le socle matériel sur lequel s'édifie la dignité d'une civilisation consciente de sa propre essence.

François-Yassine Mansour

Commentaires

  1. "En garantissant le droit à l’existence indépendamment de la capacité productive, le revenu de base neutralise l’angoisse de la survie et permet l’avènement d’une véritable vita contemplativa; " Tout est bien dit. Merci pour cette belle contribution rafraichissante.

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