Pour une Droite Saine
Toute démocratie vivante suppose l’existence d’une droite, non comme un vestige archaïque ou un accident de l'histoire parlementaire, mais comme une nécessité dialectique. Dans l’économie de l’Esprit objectif, la droite est la figure de la conservation réfléchie. Elle rappelle qu’une société qui prétend se refonder chaque matin sur le vide de l’abstraction court à sa propre dissolution. Là où la droite s’efface, la gauche perd son propre relief, cédant la place à une indistinction molle, prélude à une violence sans forme. Conserver n’est pas figer ; c’est maintenir vivante la médiation entre le passé et l'avenir. Encore faut-il savoir ce que l’on conserve : une rente de situation ou une promesse de civilisation ?
Une droite républicaine digne de ce nom ne saurait être le refuge des ressentiments ou l’exutoire des peurs sociales. Elle n'est pas le parti de la pulsion, mais celui de la Mesure. Elle reconnaît la Nation comme une réalité historique, culturelle et spirituelle (ce que Hegel nomme la Sittlichkeit) et non comme un fétiche ethnique ou un instrument d’exclusion.
La culture nationale n’est pas une cuirasse dirigée contre le "barbare" ou le "pauvre" ; elle est un héritage commun qui oblige prioritairement ceux qui en sont les dépositaires. Pour le juriste, la France est une idée juridique avant d’être une identité close. Conserver la France, c’est donc conserver les principes de 1789 qui l'ont constituée comme sujet de l'histoire universelle.
La ligne de partage : Justice contre Cruauté
Le dévoiement de la droite contemporaine réside dans l'effacement d'une frontière ontologique : celle qui sépare la mauvaise volonté de l'incapacité. La Justice consiste à sanctionner la déloyauté, l’abus et la fraude au contrat social. La Cruauté consiste à punir l’impuissance, l’infirmité psychique, le handicap invisible ou la fragilité sociale.
Une société qui confond ces deux ordres ne restaure pas l'autorité ; elle organise la persécution des vulnérables sous un vernis de morale budgétaire. La responsabilité individuelle ne peut être exigée que là où les conditions d'une liberté réelle sont garanties. Prétendre "responsabiliser" celui que le sort, la maladie ou la structure économique ont entravé, c’est commettre un mensonge métaphysique.
C’est ici que la droite doit renouer avec l’intelligence du réel. Nier l’inégalité des chances, rejeter les apports de la sociologie ou de la psychologie sociale n'est pas un signe de fermeté, mais d'obscurantisme. Une droite sérieuse regarde les déterminismes en face. Elle sait que l’égalité juridique (formelle) est une fiction nécessaire mais insuffisante sans une attention portée à l’égalité réelle.
L’ordre social ne se maintient pas par la seule menace du décret « sanctions », mais par la reconnaissance lucide des poids qui pèsent sur les existences. Ignorer la "sociologie du malheur", c'est s'enfermer dans une sociopathie bourgeoise qui impute au péché personnel ce qui relève de la structure matérielle.
La République, en son sens fort (la Res Publica), n’exige pas l’uniformité, mais l’adhésion à un cadre de droits et de devoirs. La droite républicaine doit être intraitable sur ce point : nul ne peut s’extraire de la loi commune. Mais cette fermeté n’est légitime que si elle s’accompagne d’une exigence égale envers les puissants.
Une droite qui sanctuarise les privilèges fiscaux et l’évasion des capitaux tout en stigmatisant le bénéficiaire du RSA trahit la République. Elle rompt le principe constitutionnel d’égalité devant les charges publiques. Lorsque l’État transforme l’assistance en chantage et le contrôle en humiliation, il détruit la confiance, fondement de toute autorité légitime.
Conserver la nation, c’est conserver ce qui la rend habitable : ses institutions, sa langue, mais aussi sa protection sociale, conquête fragile de la paix civile. La droite n’est forte que lorsqu’elle accepte la complexité de l’humain. Lorsqu’elle la refuse, elle cesse d’être républicaine pour devenir purement réactionnaire.
Le révisionnisme social qui criminalise la pauvreté ne prépare pas l'ordre, il prépare la jacquerie. Réhabiliter la droite républicaine, c’est comprendre que l’autorité n’est respectée que si elle est juste, et que la justice suppose une intelligence du Réel. Toute autre voie n’est que la destruction de ce que l’on prétend défendre.
François-Yassine Mansour
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